Sexualité, vénalité et déréliction en postcolonie

Publié le par Sénégalais intéressé

En draguant sur le net, à la recherche d'infos intéressantes, je suis tombé sur un texte dérangeant et à ce titre extrèmement intéressant. Signé Achille Mbembe, ce texte est réellement de haut vol...

Extraits : En effet, la « corruption africaine » a ceci de particulier que son centre de gravité, ou encore son moteur principal, est d’abord le rapport entre le désir et la sexualité génitale - celle dont le propre est de donner lieu à des états d’intensité pure et crue. Du coup, en tant que course effrénée au désir, c’est une forme de corruption qui ne recule pas devant l’auto-destruction. En fait, l’on peut dire qu’elle va jusqu’à faire de l’auto-destruction (et donc du suicide) le signe ultime du désir. Quant à sa dimension génitale, elle doit être comprise comme désir de la dépense absolue et inconditionnelle - sans retenue. Voilà pourquoi cette forme de corruption tend à résister à toute symbolisation (..)

Poser le problème en ces termes risque d’étonner plus d’un. Ce serait oublier qu’historiquement, les « élites » africaines ont toujours entretenu avec « l’acte de corrompre et d’être corrompu » une relation qui n’était pas seulement objectale (la domination et ses moeurs), mais éminemment socio-érotique (le calcul des jouissances). L’on peut, au demeurant, dater de la période de la Traite des esclaves le moment clé de cette transformation. En effet, à la faveur du commerce des vies que fut la Traite atlantique notamment, émerge en Afrique une forme de pouvoir dont la nature et l’essence, les conditions d’existence et d’action, les origines et les effets relèvent, strictement parlant, de la « corruption ». (..)

Leur « valeur » était mesurée à l’aune de la valeur des marchandises que le potentat acquérait en retour de la vente d’êtres humains. La conversion d’êtres humains en marchandises se faisait de façon indiscriminée. Elle pouvait toucher y compris les membres de la famille proche ou étendue du potentat, voire ses alliés. Les objets reçus en échange étaient ensuite investis dans un double calcul : le calcul de la domination (dans la mesure où le commerce des vies servait à asseoir les bases du pouvoir politique) et le calcul des jouissances : fumer (tabac), se mirer (miroirs), boire (rhum et alcools), acheter des fusils, se parer de divers accoutrements (tissus et étoffes diverses), manger, danser et copuler, amasser femmes, enfants, dépendants, pacotille et, surtout, ivre et hilare, s’amuser à longueur d’année. (..)

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