Les calculs de Wade

Publié le par Sénégalais frustré

Une bonne analyse trouvée sur Nettali :

Le 16 décembre 2005, l’Assemblée nationale, largement dominée par le Parti démocratique sénégalais (Pds), parti au pouvoir, adoptait la loi constitutionnelle prolongeant le mandat des députés d’un an. Faisant ainsi coïncider les élections législatives et celle présidentielle. Une décision que Me Wade en personne avait, en son temps, justifiée par la nécessité de faire des économies afin de faire face aux inondations qui avaient plongé une bonne partie des populations du Sénégal dans le désarroi. Jouant sur l’effet traumatisant des hivernages 2004 et 2005, le Président exploite à son compte et profit les « caprices du ciel » et propose à l’Assemblée nationale de repousser les élections législatives, initialement prévues en 2006, « pour qu’elles se tiennent en même temps que l’élection présidentielle », programmée pour 2007. Le plan Jaxaay censé engloutir les fonds destinés à l’organisation des législatives fait mouche. La manœuvre est si bien passée que la contestation des partis politiques et de la société civile a été vite noyée par la complainte des sinistrés. En effet, un an après le vote de cette loi, à deux jours près, la Cpa vole en éclats. Ainsi, le Président Wade semble avoir atteint son but.

Les élections législatives se seraient-elles tenues à la date prévue qu’aucun problème ne se serait posé au sein de la Coalition populaire pour l’alternative (Cpa). Les différentes formations politiques qui la constituent, auraient en effet eu un bon baromètre pour se comparer au camp présidentiel. Sans compter l’effet psychologique qu’aurait créé une cohabitation à l’Assemblée nationale. Me Wade l’a doute compris qu’il n’a pas lésiné sur les formes pour casser la stratégie de la Coalition de l’opposition, en couplant les élections. C’est de bonne guerre dirait-on sauf que le Président Wade, en bon alchimiste de l’affect des sénégalais, n’a pas hésité à manipuler les sentiments des sénégalais pour faire passer sa formule.

 

A partir du moment où les deux élections (présidentielle et législative) étaient couplées, le choix des hommes pour occuper tel ou tel poste en cas de victoire devenait fort ardu. Et les calculs de Wade se sont avérés justes. En effet, la question de la légitimité des candidatures à la présidentielle, revenait en surface. L’analogie pourrait être facilement faite relativement au processus que le psychologue Sigmund Freud décrit pour expliquer la naissance de certains troubles psychiques chez l’individu. Et que son disciple Jung reprend pour l’appliquer sur un paradigme plus large, à l’échelle des sociétés. Plusieurs fois refoulée, ce problème du leadership de la Cpa, ne pouvait pas manquer de revenir en surface. Et Me Wade dont l’objectif ultime est de casser l’opposition, a magistralement bien manœuvré pour atteindre son objectif. Connaissant bien le Parti socialiste, surtout son histoire et ses traumatismes refoulés, il sait qu’entre Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse, les blessures ne sont pas prêtes à se cicatriser en six ans seulement. Le leader de l’Alliance des forces de progrès (Afp) est en effet perçu comme celui qui a fait perdre le Parti socialiste en 2000 alors que Tanor apparaît comme l’homme qui a empêché à Niasse d’être Président après Diouf. Sans compter que le leader de Ligue démocratique, qui s’est taillé une place de choix dans l’opposition avec lui-aussi l’ambition de briguer la magistrature suprême.

Et donc sans surprise, le débat sur le leadership se posait, à force que les échéances électorales s’approchaient au point que la publication du programme commun de la Cpa en a été retardé. Et comme l’a si bien prévu nettali.com, deux camps se sont constitués. L’un défendant la candidature unique à la Présidentielle et l’autre camp la liste unique aux législatives et des candidatures plurielles à la présidentielle. Moustapha Niasse, Amath Dansokho, Madior Diouf face à Abdoulaye Bathily et à Ousmane Tanor Dieng. Les négociations engagées par les facilitateurs ne donnent rien. Chaque partie a ses arguments et ne veut rien lâcher. Le résultat, c’est la dislocation de la Coalition populaire pour l’alternative (Cpa). Deux camps se constituent. Dansokho-Niasse-Madior Diouf et Bathily-Tanor pour ne citer que les forces politiques les plus significatives. La Cpa qui a accouché de fait de deux coalitions va donc présenter trois candidats au moins à la Présidentielle. Niasse et Dansokho vont avoir une liste commune aux Législatives avec Niasse à la présidentielle et Dansokho tête de liste aux Législatives. Même scénario avec le couple Tanor-Bathily sauf que le leader de la Ld-mpt sera aussi adversaire de Tanor à la Présidentielle. Donc Tanor, Niasse et Bathily sur la ligne de départ de la Présidentielle.

Ce scénario, assez proche de ce que veut la Ld-mpt, à la seule différence que le parti de Bathily désirait aussi une liste unique aux Législatives, peut sembler confus. Mais à y regarder de plus près, c’est un schéma qui complexifie la donne politique pour le chef de file du Pds. Et il serait trop précipité de dire que Me Wade a gagné les batailles et la guerre. Le candidat du Parti démocratique sénégalais (Pds) devra en effet faire face à trois forces politiques majeures. Il devra avoir à l’œil trois cibles différentes. D’une part les deux camps issus de la dislocation de la Cpa mais aussi celui d’Idrissa Seck. Et même dans le cas de figure où Wade réussirait à invalider la candidature de Rewmi, Idrissa Seck pourrait soutenir le camp de son choix et de ses intérêts entre les deux pôles issus de la Cpa.

On pourrait convoquer l’argument de la réforme du quart bloquant avec la modification de l’article 33 de la Constitution à la majorité des 3/5 et permettant au Président de la République d’être élu par 50 % des votants au premier tour et non des inscrits. Pour en fait dire que cette dispersion devrait permettre un passage au premier tour de Wade. En vérité, la tâche est plus ardue pour le Président Wade. Il aurait en effet été plus facile pour le candidat du Pds de se retrouver à la Présidentielle contre un seul candidat de l’opposition. Comme d’ailleurs évoqué en pleines bisbilles Cpa, « il suffirait juste à Me Wade de sortir un scandale, d’évoquer des négociations avec Niasse sur le dos de l’opposition, de s’attaquer à sa crédibilité, que toutes les chances de la Coalition soient annihilées ». Même au cas où Ousmane Tanor Dieng serait le candidat à la présidentielle, ce que du reste n’aurait jamais accepté Niasse (et vice-versa), Me Wade pourrait bien rappeler le passé socialiste, les 40 ans du règne de Diouf et de Senghor, sans compter les scandales avérés ou fictifs, pour semer le trouble dans l’esprit des électeurs. Sans être trop tranché, on peut dire que dans les deux cas de figures, Me Wade aurait eu la tâche facile parce que face à une seule et même cible.

Mais avec l’éclatement de la Cpa, il se retrouve dans une situation où il est la cible de plusieurs candidats à la tête de partis politiques qui n’ont pas fait de si mauvais scores à la présidentielle de 2000. Et lui seul, face à tous. Pire, avec un parti traversé par une forte crise liée aux derniers renouvellements. Mais aussi face à Idrissa Seck qui s’est donné pour principal objectif de « recruter » les responsables locaux du Pds qui ne seraient pas investis à la bonne place aux Législatives. Pendant que des formations politiques comme l’Alliance des forces de progrès (Afp), le Parti socialiste (Ps) sont mieux protégées contre les vote-sanctions...

La tâche est d’autant plus ardu pour Wade que ses Chantiers qui auraient pu faire un bon thème de campagne, ne sont pas encore tout à fait réalisés. Les Chantiers de l’autoroute à péage, de la Corniche et des échangeurs, non contents de ne concerner que l’électorat de Dakar (du reste important) ne sont pas encore épuisés. Ils ont surtout engendré beaucoup de dommages chez les usagers de la route, les commerçants etc. On pourrait toujours dire que le pouvoir a plus de moyens financiers pour recruter de gros électeurs à l’intérieur du pays malgré la destructuration de la filière arachidière et autres, qu’il a l’appareil d’Etat, la Justice et l’administration territoriale. Mais Abdou Diouf n’avait-il pas la même opinion quelques mois seulement avant sa chute ?

 

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thierry 20/12/2006 07:44

Il est vrai que votre analyse ne manque pas de piquant . C’est en réalité une anlyse qui prends en charge biens des pans de notre dernière histoire politique . Mais le seul problème , réside dans le fait que la Sociologie des Sénégalais est différente à biens des égards aux modèles Européens . C’est à dire que nous ne sommes pas en face d’un électorat qui agit et réagit par rapport à des considérants objectifs . L’Electorat Sénégalais est trés complexe et la maîtriser , relève d’une alchimie que moi personnellement , je me garderai de faire . Celà dit , une constante au moins demeure et ne fait l’objet d’aucun doute : Me Wade dispose d’une bonne longueur d’avance pourquoi ? Sa canditature est portée par toutes les composantes de son parti . C’est trés important . Ce qui n’est pratiquement le cas d’aucun de ses adversaires .Pour les législatives , les données ne sont pas les mêmes voire .Mais dans tous les cas et celà semble le plus important de toute forme d’alchimie , c’est que les réalisations du Président sont là et n’eût été les 4 années perdues avec avec Mr Seck , le Sénégal serait aujourd’hui sur une autre passe .Mais enfin ça , les gens le lui concéderont et il pourra mettre le ays sur les rampes de l’émergence et quiconque viendra aprés lui sera obligé de suivre ses pas même en ayant son style particulier . Et pour toutes ces raisons , nous votons c’est sûr à plus de 60% WADE.