Urbanité au Sénégal ...

Publié le par Sénégalais frustré

Trouvé un article sur le site La Tribune. Ce texte peut, à quelques bricoles près s'appliquer au Sénégal. 

Un panurgisme de l'asociabilité a-t-il gangrené le comportement des Algériens au point d'en faire des êtres à part, ayant perdu la ruralité sans gagner l'urbanité et ses exquises formes de civilité ?

En tout cas, une autoflagellation, collectivement assumée, est bien là qui fait se reconnaître chacun de nous dans un immense troupeau qui n'a d'autre loi que celle de la jungle pour organiser sa vie de groupe. Les politiques, les sociologues, les analystes improvisés, chacun y est allé de son explication.

Tour à tour ont été mis en cause la déliquescence de l'Etat aggravée par la décennie de terrorisme, la transition mal préparée du passage à l'économie de marché et à un relatif pluralisme politique, le dévoiement intellectuel des élites dirigeantes qui ont asservi l'Etat au lieu de le servir, un irrésistible mimétisme de la rapine et de l'accaparement L'énumération peut être poussée plus loin, il n'y a pas une cause unique à ce terrible mal qui plonge l'Algérien dans le doute et, plus souvent qu'on ne le croit, une haine de soi venue comme un trop-plein à une autre haine, celle de l'autre.

Fort heureusement, le constat n'est pas que celui d'individus réputés ennemis irréductibles de toute forme d'autorité ou de citoyenneté. De plus en plus de responsables font preuve de courage et tirent la sonnette d'alarme face aux agressions répétées contre les personnes et les biens, aux déprédations des biens publics, aux atteintes à l'ordre public impunies Il n'est pas jusqu'au chef de l'Etat qui n'ait associé sa voix à l'expression d'un mécontentement généralisé. Devant les architectes et les urbanistes, il vient d'avoir des mots très durs mais aussi très justes contre la dégradation de l'environnement urbain des Algériens, un environnement tellement maltraité et meurtri qu'il participe à l'éclosion et à la perpétuation de l'une des formes de criminalité les plus dangereuses qui soient. Un urbanisme criminogène -c'est de cela qu'il s'agit- va ruiner tous les efforts de l'Etat en la matière si un terme n'y est pas rapidement mis. Il ne semble pas du tout, à en juger par les informes alignements de bâtiments qu'on nous dit être des cités d'habitation, que les leçons qu'il fallait tirer et les correctifs apporter l'aient été.

Cela est d'autant plus grave que cet urbanisme sauvage, inesthétique et terreau d'une délinquance inévitable est en train de se développer à vitesse grand V à grands financements publics à un moment où le problème du manque d'argent ne se pose plus. Mais il ne faut pas croire que la catastrophe ne concerne que les nouveaux programmes. A de rares exceptions (qui confirment la règle ?), toutes les villes du pays ont subi une atroce défiguration, résultat autant de l'impéritie des autorités qui les ont livrées à la laideur que de l'incivisme des habitants qui les peuplent et qui ont hissé le drapeau blanc devant la déferlante du vandalisme.

Faut-il espérer qu'un réveil citoyen se produira ou se laisser définitivement aller à la résignation et au défaitisme ? Le déclic doit d'abord venir des autorités. D'une manière très simple : assumer les missions qui leur sont dévolues avec rigueur et dans la continuité. Autrement dit s'atteler, enfin, à appliquer les lois de la république. Les marchés informels, les constructions illicites, l'exercice au grand jour de toutes sortes d'activités illégales doivent être combattus avec la plus grande sévérité, sans populisme ni fausse considération sociale. Le reste viendra. Et très rapidement. C'est l'exemplarité de l'action publique qui forge les comportements citoyens et convainc de l'appartenance à un Etat et à une communauté régis par des normes et des lois.

 

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