Comme promis, un premier extrait du livre :
UNE DEMOCRATIE PRISE EN OTAGE PAR SES ELITES
de Latif Coulibaly
Les sénégalais ont été surpris de découvrir sur les écrans de la télévision nationale, dans la soirée du mardi 3 août 2005, le président du groupe parlementaire auquel appartient le Parti Démocratique Sénégalais, au pouvoir depuis 2000, le député Doudou Wade exécuter sans vergogne et sans retenue, un numéro ubuesque de danse du scalp pour célébrer la "victoire" que le camp présidentiel venait de remporter sur celui de l'ancien premier ministre Idrissa Seck. Les parlementaires venaient de finir de voter la résolution ordonnant le renvoi de l'ancien premier ministre devant les juges de la Haute cours de justice. Le député exultait en entonnant les refrains d'un tube très populaire qui en dit long sur l'état d'esprit de nos parlementaires. "On a gagné, on a gagné...", disait-il. Qui a gagné ? Et contre qui a t'il gagné ? En tout état de cause, Doudou Wade se devait de pleurer de chagrin et de honte, plutôt que danser, face à ce qui pouvait être considéré comme une tragédie nationale.
Qu'un premier ministre soit accusé d'avoir détourné autant d'argent que la somme mentionnée sur l'acte d'accusation en question, devait envahir de honte le régime qui l'a produit. Le fait accable, en effet, tout ceux qui, de près ou de loin, on travaillé et collaboré avec ce premier ministre. Il accable surtout celui qui en avait fait le troisième personnage de l'Etat et le numéro deux du régime, en l'occurence le chef de l'Etat.
C'est dire que le camp qui a crié victoire a engagé, tout autant que le mis en cause, sa responsabilité directe dans les faits ayant conduit au vote de la résolution de mise en accusation. Cette responsabilité politique et pénale est largement partagée au sein de l'élite libérale. Ce partage malheureux de responsabilités devait amener Doudou Wade, en tant que député, à réfléchir profondément sur le sens du geste qui a été posé par le Parlement, plutôt que de se montrer enjoué comme un enfant découvrant son cadeau de Noël. Il n'y avait vraiment pas de quoi pavoiser.
En réalité, ce député et tous ceux qui, comme lui, ont agi dans le sens voulu par le président de la République, sans tenir compte du mandat qui leur a été confié par le peuple, se méprennent fondamentalement sur le rôle du parlement tout comme sur ses fonctions. Aussi, tous cela se sont-ils ainsi montrés incapables de comprendre que ce rôle et cette fonctions ont évolué depuis la fin des régimes de partis uniques. Ils ont rapidement évolué partout en Afrique du fait de la libéralisation politique. La façon dont les Parlements s'acquittent de leurs responsabilités a une certaine influence sur le cours de la vie politique.







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