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extraits de livre

Vendredi 10 novembre 2006

Comme promis, un premier extrait du livre :

 UNE DEMOCRATIE PRISE EN OTAGE PAR SES ELITES

de Latif Coulibaly  

Les sénégalais ont été surpris de découvrir sur les écrans de la télévision nationale, dans la soirée du mardi 3 août 2005, le président du groupe parlementaire auquel appartient le Parti Démocratique Sénégalais, au pouvoir depuis 2000, le député Doudou Wade exécuter sans vergogne et sans retenue, un numéro ubuesque de danse du scalp pour célébrer la "victoire" que le camp présidentiel venait de remporter sur celui de l'ancien premier ministre Idrissa Seck. Les parlementaires venaient de finir de voter la résolution ordonnant le renvoi de l'ancien premier ministre devant les juges de la Haute cours de justice. Le député exultait en entonnant les refrains d'un tube très populaire qui en dit long sur l'état d'esprit de nos parlementaires. "On a gagné, on a gagné...", disait-il. Qui a gagné ? Et contre qui a t'il gagné ? En tout état de cause, Doudou Wade se devait de pleurer de chagrin et de honte, plutôt que danser, face à ce qui pouvait être considéré comme une tragédie nationale.

Qu'un premier ministre soit accusé d'avoir détourné autant d'argent que la somme mentionnée sur l'acte d'accusation en question, devait envahir de honte le régime qui l'a produit. Le fait accable, en effet, tout ceux qui, de près ou de loin, on travaillé et collaboré avec ce premier ministre. Il accable surtout celui qui en avait fait le troisième personnage de l'Etat et le numéro deux du régime, en l'occurence le chef de l'Etat.

C'est dire que le camp qui a crié victoire a engagé, tout autant que le mis en cause, sa responsabilité directe dans les faits ayant conduit au vote de la résolution de mise en accusation. Cette responsabilité politique et pénale est largement partagée au sein de l'élite libérale. Ce partage malheureux de responsabilités devait amener Doudou Wade, en tant que député, à réfléchir profondément sur le sens du geste qui a été posé par le Parlement, plutôt que de se montrer enjoué comme un enfant découvrant son cadeau de Noël. Il n'y avait vraiment pas de quoi pavoiser.

En réalité, ce député et tous ceux qui, comme lui, ont agi dans le sens voulu par le président de la République, sans tenir compte du mandat qui leur a été confié par le peuple, se méprennent fondamentalement sur le rôle du parlement tout comme sur ses fonctions. Aussi, tous cela se sont-ils ainsi montrés incapables de comprendre que ce rôle et cette fonctions ont évolué depuis la fin des régimes de partis uniques. Ils ont rapidement évolué partout en Afrique du fait de la libéralisation politique. La façon dont les Parlements s'acquittent de leurs responsabilités a une certaine influence sur le cours de la vie politique.

Par Sénégalais très intéressé
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Samedi 11 novembre 2006

Comme promis on continue, un deuxième extrait du livre :

 UNE DEMOCRATIE PRISE EN OTAGE PAR SES ELITES

de Latif Coulibaly  

"Entre 1983 et 2000, les députés socialistes qui sont restés majoritaires à l'Assemblée nationale, durant cette longue période, n'ont fait adopter que 10 propositions de lois, sur une moyenne d'une cinquantaine de textes votés annuellement."

"La législature en cours après plus de 5 ans de représentations n'aura pas fait mieux que les Socialistes. Et au rytme où vont les choses, ils seront dans les mêmes proportions par année de mandature. Eux, également, ne se sont signalés que par la fameuse proposition de loi du député Ibrahima Isidor Ezzan qui a décidé de l'amnistie des criminels et commanditaires de l'assassinat de Me Sèye et par celle du député Moussa Sy qui a mis fin au mandat des conseillers régionaux, municipaux et ruraux en 2002.

Ces deux propositions de loi comme celle de l'ex-député Niadiar Sene, ont laissé aux citoyens que l'exécutif a recours à chaque fois que de besoin, aux députés pour leur faire exécuter de "basses" oeuvres politiques portant souvent atteintes à la dynamique démocratique et à l'image du pays.

Qu'en est-il du pouvoir d'influence du Parlement en matière d'amendement ? Les chiffres qui ont été collectés par nos propres soins restent éloquents à ce sujet. Durant toute la législature en cours, 98,9 % des amendements proposés et retenus provenaient du gouvernement, alors que moins de 2 % de ces mêmes amendements étaient issus de la Commission saisie du texte.

Ces chiffres permettent à eux seuls de conclure à un renoncement total des députés par rapport à l'initiative de la loi."

"Non seulement le Parlement sénégalais a renoncé à sa raison d'être qui est de faire des lois en conservant l'initiative de celles-ci en concomitance avec l'Exécutif, mais il a aussi abdiqué ses droits de contrôle de l'action gouvernemental.

Le Parlement vote chaque année la loi de finance il en contrôle l'exécution en votant normalement la loi de réglement qui donne quitus à ce même gouvernement de sa gestion. Or, depuis 6 ans le parlement sénégalais n'a pas voté une loi de réglement. Les socialistes avaient déjà accumulé un retard de 5 années sur les différents budgets de la nation. La dernière loi votée remonte à l'année 1998 et celle-ci concernait précisément l'exécution du budjet de l'année 1985.

Le nouveau régime n'a jamais présenté devant les parlementaires un projet de loi de réglement, il n'en fait pas une obligation. Or, le vote d'une telle loi participe d'un souci de favoriser la bonne gouvernance, car celle-ci ne peut être envisagée sans une bonne administration des deniers publiques. En dehors de tout contrôle de la masse budgétaire, personne ne peut donner l'assurance que le gouvernement se comporte en bon père de famille vertueux dans la gestion des fonds publics."

Par Sénégalais très intéressé
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Dimanche 12 novembre 2006

Comme pour les bonnes choses on ne compte pas : un autre extrait du livre :

 UNE DEMOCRATIE PRISE EN OTAGE PAR SES ELITES

de Latif Coulibaly  

"Après la mise en place de la Cour des comptes, celle-ci a immédiatement obtenu une habilitation de l'Assemblée nationale, l'autorisant à procéder à un apurement des comptes sur les 10 années d'exercice à compter de l'année 1985. Autrement dit, la Cour nouvellement installée, a été habilitée à rattraper les contrôles budgétaires qui auraient normalement dûs être effectués de 1986 à 1996. Après quoi, la nouvelle Cour pourrait s'atteler à préparer les lois de réglement pour chaque exercice budgétaire et veille à ce qu'il n'y ait plus de retard accumulé. Cela s'est avéré jusqu'ici impossible, si bien qu'aujourd'hui des critiques très sévères lui sont addressées.

Les défaillances frappantes de la Cour en la matière s'expliquent par la trop grande tolérance du chef de la juridiction, Abdou Bâm Guèye, qui se montre un peu trop indulgent par rapport aux errements des deux départements ministériels qui ont la charge de transmettre à la Cour les documents comptables sur la base desquels les lois de réglement sont normalement préparées. Le ministère de l'Economie et des Finances et le ministère délégué au budget rechignent, depuis toujours, à exécuter cette tâche. Cette situation est pour le moins étonnante, expliquent de nombreux juges en poste à la haute juridiction de contrôle."

"La Cour se plie toujours aux caprices des fonctionnaires et attend sagement que de prétendus bons documents comptables -qui n'arrivent jamais- lui parviennent. Aussi, cette cour attend-elle sagement, depuis plus de 6 ans, que les pièces et documents comptables concernant l'exécution des nouveaux exercices lui soient transmis.

La Cour des comptes ne fait pas son travail en matière de contrôle budgétaire. (...) Est-ce étonnant ?  sûrement non !

En effet, depuis 6 ans, plus que par le passé, toutes les règles de la comptabilité publique sont travesties, les procédures de décaissement de fonds sont contournées, les mécanismes de la dépense publique sont complètement réinventés, dans le seul souci de faire face aux besoins insatiables d'argent de l'autorité politique suprême. Celle-ci dépense sans compter. Elle signe n'importe comment des réquisitions et à tout instant pour alimenter ses caisses.

C'est ce qui fait dire à l'économiste principal de la banque mondiale, Jacques Morriset, qui, répondant à une question d'un journaliste du journal Wal Fadjri sur l'état de la corruption dans notre pays, laisse entendre :

"C'est un problème et tout le monde s'en rend compte. (...) Des institutions contre la corruption existent au Sénégal. Mais le défi, c'est de faire en sorte que toutes ces institutions marchent normalement. La Cour des comptes a beaucoup de capacités. Elle a un personnel compétent. Mais au jour d'aujourd'hui, elle n'a jamais émis un avis de validité sur les comptes de l'Etat sénégalais. Si vous voulez, les comptes de l'Etat central n'ont jamais été vérifiés formellement par les pouvoirs judiciaires et législatifs au Sénégal. La préparation de budget passe au Parlement. Il y a une discution, mais il n'y a aucun contrôle du pouvoir judiciaire et du pouvoir législatif (...). Le problème de mal gouvernance concerne les Industries chimiques du Sénégal (ICS) et la plupart des entreprises publiques (...)."

Par Sénégalais frustré
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Mardi 14 novembre 2006

Encore un extrait du livre :

 UNE DEMOCRATIE PRISE EN OTAGE PAR SES ELITES

de Latif Coulibaly  

L'émergence de tous les partis politiques repose sur la solidarité, l'échange et le partage d'une même identité politique, mais aussi sur des logiques de partage d'intérêts divers. Ces modes de représentation semblent en nette contradiction avec les exigences de la modernité politique qui favorise des modes plus ouverts et plus conformes à l'idée de démocratie, tels qu'acceptés dans les pays de tradition démocratique. Pour les partis politiques sénégalais, en particulier ceux qui ont eu à exercer le pouvoir ou qui l'exercent aujourd'hui, le patronnage demeure une tendance lourde en leur sein.

Quand on observe le fonctionnement de ces partis, on constate en effet que les rapports qu'ils entretiennent avec les populations qu'ils représentent sont très complexes. Il semble y avoir un immense fossé entre eux et elles.

La réalité est plus complexe qu'il n'y parait. Les relations que l'élite politique engagée au sein des partis entretient avec les popultations sont en vérité très ambigue. En fait, le système fonctionne de bas en haut, chacun à son niveau respectif est à la fois client et patron. Les relations politiques sont de nature transactionnelles. La toute puissance des affinités s'exerce profondément. Les relations socio politiques sont vécues selon un mode tès affectif. Les types de solidarité et loyauté en vigueur mettent en lumière le prima des échanges particularistes dominant toutes les sphères, elles rendent encore davantage plus évident l'ancrage de l'informel politique.

Dans ce système, l'Etat n'est au mieux qu'une simple façade sur laquelle on cherchera essentiellement à s'appuyer pour capter des avantages. On cherche visiblement moins à dénoncer le système qu'à le contourner, voir à s'en servir.

(...) les modalités pratiques de la représentation politique sont d'abord conçues comme des mécanismes de légitimation du pouvoir et qu'on en est ainsi arrivé à l'idée que le parti et son représentant sont les dépositaires de l'image de marque d'une entité territoriale (la région, la commune, le terroir) d'un groupe ou d'une communauté donnée.

(...) (l'homme politique) n'est autre que le fils du terroir, qui lui-même ne peut être que le produit de la prolifération des titres traditionnels, un champion des intérêts de son camp et le porte parole d'une communauté qui s'identifie à lui et place en lui tous ses espoirs.

Dans cette perspective, on ne doit alors pas s'étonner que les populations de Kébémer en soient arrivées à brûler le drapeau national, à s'attaquer à la personne du chef de l'Etat en avril 2004, parce que le premier ministre nouvellement désigné avait osé sortir de son équipe un fils du terroir, ancien responsable du département de la santé. La revendication bruyante, à la limite de l'indécence civile, semblait d'autant plus normale, aux yeux des manifestants, que le chef de l'Etat lui-même est un authentique fils de la localité frustrée. Le Président de la République se devait donc d'être le premier à veiller sur les intérêts de sa ville natale et sur ceux de sa communauté supposée. Et on en oublie qu'il est le produit du suffrage de tous les sénégalais !

Seules les ressources redistribuées confèrent l'autorité. Les comunautés exercent des pressions constantes sur l'élite en la soumettant à une terrible surenchère de convertion des biens distribués en soutien politique. Il y a une forte prégnance des logiques verticales, mais aussi une prééminence non moins forte de la dimension pratique liée à la capacité des cadres politiques à organiser la distribution de biens dans les relations sociales. Aussi, assiste t'on ainsi à une réappropriation symbolique par les dépendants (les masses) des signes distinctifs des dirigants auquels ils sont liés et à la théâtralisation politique contribuant à la légitimation du pouvoir.
 

Par Sénégalais frustré
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